Jeudi 18 avril - En violine sur les pavés
- sas-cyclo
- il y a 2 jours
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La photo se suffit à elle-même. Aux pieds de ce groupe valeureux, on ne voit que lui : ce parterre de pavés hostiles, les pavés du déversoir de Villandry, au lieu-dit « le Barrage », à quelques centaines de mètres du Bec du Cher.
On s’imagine immergés dans l’Enfer du Nord. Mardi, c’était la Trouée de Monts-Arenberg. Place aujourd’hui au secteur pavé de Villandry, qu’il n’est pas usurpé d’associer à ces autres secteurs franchis dans Paris-Roubaix, entre Haveluy et Wallers, à Orchies, Mons-en-Pévèle ou Templeuve, pour ne citer qu’eux. Ici, au déversoir, c’est le Carrefour de l’Arbre, dont on aperçoit le tronc à droite sur la photo, ce qui montre bien que ces lignes s’attachent à la relation des faits, rien que de l’avéré.
Les faits, aujourd’hui, sont là : SAS Cyclotourisme est au « Barrage », trois qui roulent devant, notre groupe de sept ensuite, puis trois autres sur le parcours Balade, sous la conduite de Bernard. Le secteur pavé, en contrebas du talus érigé contre les crues, est un repère pour cyclistes. La Roue tourangelle ne manque jamais d’y malmener son peloton. Les coureurs qui ne craignent pas les secousses gardent le haut du pavé, les autres tentent de finasser sur le bas-côté, au risque de percer. C’est l’enfer de Villandry, sur lequel notre groupe avançant tranquille sur le parcours Rando n’hésite pas à poser ses roues, ainsi que l’atteste la photo.
Le maillot de Poulidor
Devançons votre observation, ami lecteur, amie lectrice, qui vous interrogez, à la vue de la photo du jour, sur la couleur du nouveau vélo de Martine. Dissipons interrogations et suspense : ce cadre est un cadre violine. Violine ? Un mélange de violet et de rose, « une couleur de cheveux difficile à porter », apprend-on sur Instagram. En revanche, pour un cadre de bicyclette, il est difficile de rêver mieux.
Car personne n’ignore – ou bien si quelqu’un l’ignore, il a jusqu’ici gâché sa vie – , personne donc n’ignore que le violine fut la couleur mythique de Mercier BP, l’équipe cycliste dont Raymond Poulidor fit les beaux jours dans les années soixante, sous la férule avisée d’Antonin Magne, le directeur sportif à la blouse et au béret.
Mercier, donc, c’était d’abord un maillot violine, parements jaunes (les manches). Mathieu Van der Poel, petit-fils de Poulidor, et ses équipiers rendirent hommage au coureur français en arborant naguère au départ d’un Tour de France une réplique du maillot légendaire.
Au temps des damiers Peugeot
Ouvrons une parenthèse pour achever de rafraîchir les mémoires défaillantes – s’il s’en trouve, ce qui n’est pas sûr tant le sujet évoqué ici est important. Rappelons-nous, donc, que le violine de Mercier côtoyait à cette époque les damiers noir et blanc des Peugeot (les « Lionceaux »), le bleu pâle et blanc des Margnat-Paloma, chez les Belges le rouge flamboyant des Solo Supéria et le vert bouteille-parements rouges des Wiel’s Groene Leeuw, et il faudrait encore évoquer les Kas et les Ferrys côté espagnol, et pour l’Italie les splendides bleu pâle de la Salvarani et chamois-bleu marine de la Molteni, Gianni Motta en chef de file d’abord, dont l’héritier à la tête de l’équipe fut le jeune Eddy Merckx, ex-Lionceau.
On garde pour la fin le meilleur : l’inimitable maillot Saint-Raphaël-Gitane-Campagnolo de Jacques Anquetil (directeurs sportifs Raphaël Géminiani et Raymond Louviot), une association classieuse de rouge, blanc et bleu pâle, rehaussée de fines lignes noires. Un chef-d’oeuvre qu’on s’étonne de ne pas voir entrer au musée du Louvre. Une tunique presque aussi réussie, quoique dans des tons différents, que celle de SAS Cyclotourisme.
La bosse des Caves d’Amont
On a choisi d’être bref, on n’en dira pas plus sur le maillot violine. Mais il importe de préciser que, chez Mercier, les vélos aussi étaient violine. Si c’était un cadre violine, pas d’erreur, c’était un vélo Mercier.
Les temps changeant, comme le chantait Bob Dylan à l’époque de Mercier BP, on peut aujourd’hui rouler sur un Starway violine, comme c’est le cas du nouveau vélo de Martine. Voilà en tout cas un bel hommage rendu à une couleur sacrée. On imagine l’accueil qui serait réservé à ce vélo, et à sa propriétaire, si d’aventure ils poussaient en Limousin jusqu’à Saint-Léonard-de-Noblat, au pays de Raymond Poulidor.
Après l’Indre mardi, on a dégusté cette fois les paysages de la Loire et du Cher, ainsi que la bosse des « Caves d’Amont », celle qui, débarrassée de toutes intentions pacifiques, attaque méchamment le coteau au-dessus du restaurant « le Gosier Sec ».
Beau parcours, on s’est régalés.
Malgré les pavés de Villandry, direz-vous peut-être ? Si vous le dites, c’est que nous nous sommes mal compris. En cyclotouristes sensés, nous avons bien sûr refusé de nous engager sur une route pareille, nous n’avions aucune envie d’être secoués. Pour les pavés, il fallait prendre à droite. On a pris à gauche. Pas fous, les cyclos...
François









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